Il ya quelque mois alors qu’il se trouver à mi-parcours de son mandat, nous avons nous avons eu l'honneur d'être reçus au Gouvernorat du Lions International à Ouagadougou au Burkina Faso,
par le gouverneur du district 403 A3 pour le mandat 2024-2025, M. Jean Urbain Korsaga, qui nous accorde une entrevue à cœur ouvert.
Ouagadougou, le 2 novembre 2024 – Aujourd'hui, nous avons le privilège et l'honneur d'être reçus au Gouvernorat de Lions International à Ouagadougou au Burkina Faso, par le gouverneur
du district 403 A3 pour le mandat 2024-2025, M. Jean Urbain Korsaga, qui nous accorde une entrevue à cœur ouvert.
M. Korsaga, merci de nous recevoir. Vous avez accepté de répondre à nos questions pour un article de couverture dans le Magazine Afrique Narratif. Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer ce qu'est Lions International, son origine et ses objectifs ?
Je vous remercie pour cette opportunité que vous nous offrez à travers votre magazine, qui nous permet de faire connaître notre association au-delà de nos membres. Pour répondre à votre question,
Lions International a été fondé en 1917 par Melvin Jones, un assureur américain de Chicago. Melvin Jones s'est interrogé sur la meilleure manière de venir en aide à ceux dans le besoin, et
il s'est demandé si l'on pouvait vraiment progresser dans la vie sans faire quelque chose pour autrui. C'est ainsi que notre association est née, il y a maintenant plus de 107 ans.
En Afrique, le mouvement Lions a été introduit par le Maroc, qui fête cette année ses 70 ans de lionisme. Au Burkina Faso, nous célébrons notre 66e année de présence, qui a débuté à Bobo-Dioulasso
avec le premier club, "Bobo-Doyen", constitué principalement d'expatriés à l'époque, car l'adhésion nécessitait des moyens financiers permettant un impact concret.
Le sigle "LIONS" peut prêter à confusion, car il ne se réfère pas directement à l'animal mais est en réalité un acronyme en anglais. Le "L" signifie "Liberty" (Liberté), le "I" pour "Intelligence" (Intelligence),
le "O" pour "Our" (Notre), le "N" pour "Nation" (Nation) et le "S" pour "Safety" (Sécurité). Cela signifie que "la liberté et la compréhension des peuples sont les sauvegardes d'une nation".
Ce sont des valeurs de communion et de partage dans la liberté qui forment la base de notre mouvement. La devise de notre association, "We Serve" ("Nous Servons"), résume notre engagement envers les autres.
Le Lions International est, comme vous pouvez le constater, une association dont la vocation est de servir et d’impacter nos communautés, en apportant un soutien aux personnes en détresse humanitaire, sociale et même économique.
Quelles sont les principales causes sur lesquelles travaille le Lions International dans le monde, et particulièrement au Burkina Faso ?
Très bonne question ! Il faut dire que notre association, forte de plus de 100 ans d’histoire, a connu de nombreuses évolutions.
À l’origine, nous nous concentrions sur cinq grandes causes mondiales, à savoir :
- 1. L’environnement, car les questions environnementales sont cruciales pour l’avenir de notre planète.
- 2. La vue, une cause historique pour le Lions International, soutenue par des campagnes de prévention et de dépistage, telles que "SightFirst".
- 3. La lutte contre la faim, car malheureusement, des millions de personnes dans le monde souffrent encore de la faim.
- 4. Le diabète, qui est aujourd'hui un fléau mondial et cause de nombreuses complications de santé.
- 5. Le cancer infantile, une cause importante que nous soutenons pour améliorer les traitements et le soutien aux enfants malades.
Ces cinq causes ont été au cœur de nos actions pendant des années. Mais depuis cette année, trois nouvelles causes mondiales ont été ajoutées, portant ainsi le total à huit. Il s’agit de :
- 6. La jeunesse et l’enfance, pour soutenir et protéger les jeunes générations.
- Les catastrophes naturelles, qui sont malheureusement de plus en plus fréquentes et dévastatrices.
- 8. L’action humanitaire, face à la montée des conflits, des crises climatiques et de l'insécurité dans le monde.
Au-delà de ces causes mondiales, le Lions International reconnaît aussi des causes spécifiques pour chaque région. Depuis que l’Afrique est devenue une ère constitutionnelle au sein de notre organisation mondiale, il y a sept ans, nous avons pu mettre en avant certaines de nos priorités. Par exemple, la lutte contre le paludisme, qui est une cause majeure en Afrique. Bien que ce ne soit pas encore une cause mondiale, les Lions en Afrique y travaillent activement.
Comment intégrez-vous ces causes dans votre mandat ?
Comme vous le savez, les statistiques sur la prévalence du paludisme sont alarmantes. Au niveau de notre district, ici au Burkina Faso, nous avons fait de cette lutte une priorité. Nous avons mené plusieurs actions d'impact,
notamment des dons de matériel de protection, des campagnes de sensibilisation et des conférences réunissant des experts en santé publique.
Nous soutenons également la recherche médicale en contribuant, à notre échelle, au développement du vaccin tant attendu, qui apportera un grand soulagement à nos communautés. Ce travail s’inscrit dans notre mission d'améliorer
les conditions de vie des populations les plus vulnérables et de contribuer activement au bien-être de tous.
Merci pour cette question. C'est vrai que le Gouverneur Jean Urbain Korsaga n'est pas toujours très expressif sur sa personne, mais il est important de mieux se présenter dans le cadre de cette responsabilité. Je suis ingénieur urbaniste de formation, et j'exerce dans le domaine des infrastructures depuis maintenant 35 ans. Mon parcours professionnel a débuté au Burkina Faso, mais au fil des opportunités d'appels d’offres dans la sous-région, notre activité s'est étendue en Côte d'Ivoire et au Sénégal, notamment dans les secteurs de l'immobilier et de l'aménagement.
À quel moment, au cours de ce riche parcours professionnel, avez-vous décidé de rejoindre le Lions International ? En réalité, j’avais déjà des amis engagés dans le lionisme, mais, en raison de mes occupations, je ne m'y étais pas intéressé tout de suite. Je pensais que cela demandait un investissement en temps trop important. Cependant, j’ai fini par comprendre que le plus important n’était pas le temps, mais le cœur. Rejoindre les Lions, c'est avant tout être disposé à servir les autres. Ce sont des relations familiales et professionnelles qui m'ont peu à peu sensibilisé à cet engagement. J'ai réalisé qu'au-delà de ma carrière, il était aussi essentiel de contribuer à ma communauté par d’autres moyens. C'est ainsi que j'ai rejoint le mouvement en février 2003, et cela fait maintenant plus de vingt ans.
Vous y êtes entré avec quel rôle ?
J'ai commencé en tant que simple sympathisant au club Ouagadougou-Doyen, qui avait alors de nombreux membres plus âgés. Leurs disponibilités pour les actions de terrain étaient donc limitées, et le club avait besoin
de renouveler ses effectifs. Cette situation m’a rapidement conduit à prendre des responsabilités, car les anciens avaient déjà occupé tous les postes de dirigeant. Cela a été une expérience extrêmement enrichissante
pour moi, car j'ai eu la chance d'apprendre aux côtés de ces doyens et de bénéficier de leur sagesse.
Ensuite les choses se sont enchainés en termes de responsabilité d’abord comme secrétaire, avant de devenir président du club au bout de cinq ans de lionisme. J’ai ensuite occupé les postes de président de zone,
président de région et coordinateur. La progression vers le rôle de gouverneur se fait en trois étapes : d’abord en tant que second vice-gouverneur, une sorte d’antichambre d’observation, puis en tant que premier
vice-gouverneur, une phase de préparation, et enfin comme gouverneur, le moment où l’on met en œuvre son programme conçu pendant les années de vice-gouvernance.
L'année prochaine, j’occuperai le poste de past gouverneur ou gouverneur sortant. Mon rôle sera alors d’accompagner le nouveau gouverneur en partageant mon expérience récente et en favorisant une transition
harmonieuse au sein du district.
Gouverneur, pourriez-vous nous éclairer sur la nature de ce programme élaboré dans l’antichambre menant à la direction du gouvernorat du district 403 A3 et que vous mettez aujourd’hui en œuvre ?
En effet, dans le cadre de notre organisation, il est essentiel de fixer des objectifs pour notre district en tant que Gouverneur. Ces objectifs sont suivis non seulement au niveau du district multiple mais aussi à l'échelle internationale,
car nos actions contribuent à un impact global. Pour le Burkina, nous avons défini quatre axes prioritaires en matière d’objectifs.
Le premier axe concerne la croissance des effectifs. Il est important de noter que l'Afrique a un besoin urgent de croissance au sein de notre organisation. Cela est crucial car, il y a sept ans, notre région est passée à un statut constitutionnel
sans atteindre les 40 000 membres requis. Grâce à une dérogation, l'Afrique a pu accéder à ce statut, mais il est impératif de combler ce déficit de croissance. Nous travaillons donc activement pour atteindre les 40 000 membres nécessaires.
Dans notre district au Burkina, nous avons fixé un objectif de création de cinq nouveaux clubs cette année, avec un gain net de plus de 150 membres. Avec un effectif initial de 1 853 membres pour ce mandat, nous comptons actuellement 1 913 membres et visons d’atteindre les 2 000 d’ici la fin de l'année.
Comme mentionné en début de notre entretien, notre engagement se traduit par les actions de service que nous réalisons. Au Burkina, notre district est reconnu pour son fort impact en matière d'activités de service. Nous avons donc prévu de mener 6 000 actions de service durant le mandat pour toucher
8 millions de personnes, soit environ un quart de la population nationale.
À ce jour, à quatre mois d’activités, nous avons créé trois clubs sur les cinq prévus. Nous comptons finaliser les deux restants d'ici décembre, ce qui nous permettrait d'atteindre 100% de nos objectifs en moins de six mois.
Concernant les actions de service, sur les 6 000 planifiées, 3 100 ont déjà été réalisées, soit 50% de l'objectif, en moins de six mois. En termes d'impact, nous avons touché 4,1 millions de personnes sur les 8 millions visés.
Les deux autres axes portent sur la formation et le leadership. Nous avons pour mission de favoriser l’épanouissement de nos membres, en développant leurs compétences personnelles et leur impact au sein de l’association.
Des parcours de formation sont ainsi offerts aux membres, aux responsables de clubs et aux officiels du district.
À ce jour, nous avons formé 100% des Présidents de Zone dans nos régions. Au niveau des clubs, environ 90% des présidents, trésoriers, secrétaires et responsables de protocole ont également été formés. Nous avons ainsi atteint
de très bons résultats en matière de formation et de renforcement des capacités.
En somme, notre programme avance de manière harmonieuse et les résultats obtenus à mi-parcours sont très encourageants.
Quels sont vos objectifs par rapport à la LCIF ?
Avant tout, il est important de rappeler ce qu'est la LCIF, pour ceux qui ne la connaissent pas. Il s'agit de la Fondation du Lions International, notre branche philanthropique qui soutient nos actions à travers le monde. Chaque Lion est encouragé à y contribuer.
Cette année, notre district s'est fixé un objectif de contribution de 60 000 $ pour soutenir la LCIF. Or, en fonction des intentions de dons formulées par nos clubs, nous avons déjà enregistré des promesses de dons d'environ 130 000 $, soit bien au-delà de notre objectif initial.
Nous espérons que ces promesses se concrétiseront très prochainement.
Quelle est votre vision pour le Lions International à la fin de votre mandat, notamment en Afrique, où de grands bouleversements sont en cours ?
Merci pour cette question très pertinente. Ma vision pour le Lions International est qu'il continue de jouer un rôle clé en tant qu’acteur de développement. Le Lions Club a longtemps été perçu comme un cercle d'amis, et beaucoup ignorent l'impact réel de nos actions dans le développement de nos communautés.
Nous travaillons actuellement à établir des partenariats solides avec des institutions publiques, notamment avec le ministère de la Santé, le ministère de l'Environnement, et le ministère de l'Action Humanitaire. Ces partenariats nous permettront de donner une dimension nationale à nos actions.
Nous devons continuer à travailler à ce que le Lions International soit véritablement un acteur de développement reconnu dans notre pays, ce qui exige plus de rigueur en matière d'éthique et une intensification de nos actions pour que les populations puissent mieux nous connaître.
Et dans cette vision, quelle place accordez-vous à la jeunesse ?
La jeunesse occupe une place centrale dans cette vision. Par exemple, nous avons décidé d’aller à la rencontre des jeunes dans le milieu universitaire, là où se construit notre avenir et où émergent des questions existentielles cruciales : "Qu’allons-nous faire demain ?", "Quel avenir pour notre société ?".
C'est dans cet esprit que nous avons lancé notre année Lions à l'Université Thomas Sankara. Cette initiative vise à sensibiliser les étudiants et à leur montrer que le Lions Club est une organisation engagée, qui se soucie de la jeunesse et de son rôle dans le futur de notre société.
Et pour ceux qui ne le savent pas, nous menons déjà des actions en faveur de la jeunesse à travers le Léo Club. Il s'agit de clubs destinés aux jeunes, adossés aux Club Lions organisés de la manière suivante : Le Léo Club Alpha qui s’adresse aux enfants de 12 à 18 ans,
et le Léo Club Omega regroupe les jeunes de 18 à 30 ans. À travers ces clubs, nous menons des actions de sensibilisation et de formation.
Pour les enfants, nous proposons le programme Lion Quest, qui aborde divers sujets de sensibilisation, notamment sur les fléaux de la vie.
Nous préparons nos jeunes à cultiver l’amitié, le civisme et l’esprit de don de soi, tout un parcours qui les aide à se développer sur le plan personnel et professionnel, et à impacter leur environnement par leurs ambitions.
La jeunesse est devenue une cause mondiale depuis cette année, ce qui donne encore plus de sens à notre engagement.
Gouverneur, nous arrivons au terme de cet entretien, que diriez-vous à ceux qui pensent que le Lions International pourrait être assimilé à une secte ?
Pouvez-vous affirmer qu'un croyant peut parfaitement être membre du Lions International ?
Plusieurs idées fausses qui ne reflètent pas réellement l’essence de ce qu’est un Lions et du Lions International sont malheureusement répandues. Il est vrai que certains nous assimilent parfois à des cercles d’amis, voire à une secte.
Cependant, notre mission va bien au-delà : nous nous définissons comme des acteurs de développement au service de nos communautés. Nous soutenons des projets de développement, souvent en partenariat avec les autorités, et nous sommes
ouverts à toutes les personnes désireuses de servir.
D’ailleurs, nous sommes une association reconnue au Burkina Faso, inscrite au Centre Permanent des ONG, avec un récépissé officiel, ce qui témoigne de notre statut légal. Quant à la religion, il n’y a aucune incompatibilité :
nous n’abordons ni la politique ni la religion dans nos réunions. Personnellement, je suis un croyant actif dans ma communauté, et cela n’interfère en rien avec mon engagement dans notre association. Nous sommes ouverts à toutes les
personnes prêtes à promouvoir nos valeurs.
Gouverneur Jean Urbain Korsaga, auriez-vous un dernier mot pour conclure cette entrevue ? Nous espérons bien-sûr continuer cette collaboration avec le magazine Afrique Narratif.
Merci avant tout pour l'opportunité que vous nous accorder de pouvoir nous exprimer. C’est un plaisir de pouvoir expliquer qui nous sommes, ce que nous faisons et pourquoi nous existons. Nous souhaitons montrer une autre facette de notre association, de notre continent, car en dépit de grandes adversités rencontrer nos communautés incarnent des valeurs fortes, et l'Afrique est en marche, portée par sa solidarité.
Pour finir, j’aimerais mettre en avant le thème de notre mandat cette année : la solidarité. Nos pays traversent des moments difficiles, tant sur le plan économique que sécuritaire. La crise est omniprésente, et certaines communautés en souffrent davantage que d'autres.
Nous nous sommes donc engagés, cette année et au-delà, à renforcer notre solidarité envers les populations qui en ont le plus besoin, afin de respecter notre devise : « Servir ». Enfin, je souhaite bon vent à votre magazine Afrique Narratif, dont je suis sûr qu'il atteindra bientôt une renommée comparable à celle des grandes revues internationales.