Dans les coulisses feutrées du pouvoir Congolais, il est des figures qui, sans bruit, dessinent les contours d’un pays en mutation. Ingrid Olga Ghislaine Ebouka-Babackas appartient à cette génération rare de femmes africaines qui ont choisi la précision à l’esbroufe, l’efficacité à la lumière des projecteurs. Discrète mais décisive, elle incarne un nouveau visage du leadership féminin africain, plus : celui qui conjugue rigueur technocratique, vision stratégique et engagement politique.
Née dans une famille où la finance n’était pas qu’un métier mais une culture, Ingrid Ebouka-Babackas grandit à l’ombre de son Père Édouard Ebouka- Babackas, ancien Ministre des Finances et de sa mère, enseignante d’histoire à l’université qui a aussi occupée des fonctions de conseillère au Ministére de l’Education au Gabon. Très tôt, Ingrid Ebouka-Babackas apprend que derrière chaque chiffre se cache une décision, et que la discipline budgétaire n’est pas une contrainte mais un levier de souveraineté. Diplômée en finance en France, elle revient au Congo armée d’une ambition claire : se mettre à la disposition des autorités de son pays avec pour objectif d’accompagner la restructuration de l’État par la maîtrise des comptes, bâtir des politiques publiques sur des données fiables et impulser une planification cohérente dans un pays confronté aux défis multiples.
Son parcours est une ascension patiente mais sûre. De la Banque internationale du Congo à la Commission bancaire de l’Afrique centrale, en passant par le Conseil national du crédit, elle devient l’une des voix les plus respectées des cercles financiers de Brazzaville et de la sous-région. En 2016, l’élection présidentielle l’introduit dans l’arène politique : membre de l’équipe de campagne du Président Denis Sassou-Nguesso, elle franchit le seuil des grands arbitrages nationaux. Quelques mois plus tard, elle est nommée Ministre du Plan, de la Statistique et de l’Intégration régionale, poste clé dans la production de données et la relance de l’intégration économique.
Depuis, ses responsabilités n’ont cessé de s’élargir. En 2020, elle hérite et cumule en parallèle du Ministère du Plan, le Ministère des Transports, de l’Aviation civile et de la Marine marchande, avec la lourde tâche de relancer le CFCO, restructurer ECAir et poursuivre le développement des infrastructures de transport. En 2021, elle cumule le portefeuille de l’Économie à celui du Plan et de la Statistique. Cette extension traduit une confiance rare du chef de l’État Congolais et consacre son rôle de cheville ouvrière de la planification Congolaise.
Sous sa houlette, plusieurs chantiers structurants prennent forme :
- Le PND 2022-2026, dit de « deuxième génération », qui ambitionne de diversifier l’économie et d’ouvrir des filières nouvelles (agriculture, numérique, tourisme, industrie, services…).
- Le 5ᵉ Recensement général de la population et de l’habitation, destiné à fiabiliser les données de base de l’action publique.
- Le Projet accéléré de gouvernance institutionnelle et réformes (Pagir), qui inscrit la transparence, la performance et la reddition de comptes au cœur de l’administration.
- Un cadre général des investissements publics pour aligner programmation, budgétisation et suivi, afin de réduire les gaspillages et accroître l’efficacité des projets clés.
En septembre 2023, l’État Congolais la distingue commandeur de l’Ordre du Mérite, saluant une implication sans relâche dans l’élaboration et le pilotage du PND. Cette décoration consacre un style : loin des caméras, Ingrid Ebouka-Babackas préfère les tableaux de bord aux micros, la planification aux discours creux.
Car Madame le Ministre ne fait pas du bruit sa méthode. Elle incarne un « féminisme de l’efficacité », où l’autorité se gagne par la compétence et la constance, non par la posture. Dans un environnement où
la communication domine souvent l’action, elle choisit le travail, l’exactitude et la discrétion. Elle a cœur de traduire dans les faits la vision du Président Dénis Sassou-Nguesso.
Pour autant, les défis restent immenses. Mobiliser 6 500 milliards FCFA pour financer le PND, moderniser des infrastructures ferroviaires vieillissantes et poursuivre les projets de développement en cours
au Port de Pointe-Noire, réduire la dépendance aux financements extérieurs… Autant de dossiers qui exigent une endurance politique et technique hors du commun.
En définitive, Ingrid Ebouka-Babackas incarne une Afrique féminine et stratégique, celle qui bâtit patiemment des institutions solides, qui investit dans la donnée et la rigueur pour mieux planifier l’avenir. Son parcours est plus qu’une réussite individuelle : c’est un signal adressé à une génération de jeunes Africaines pour qui la compétence, la constance et la vision ne sont pas des options mais des armes de transformation. Dans la République du Congo d’aujourd’hui, elle est l’exemple vivant qu’un pays se construit autant dans l’ombre des chiffres que sous la lumière des tribunes.