Cinq ans se sont écoulés depuis que l’ECO, la monnaie unique ouest-africaine, a été annoncée avec tambours et trompettes à Abidjan en Côte d’Ivoire comme une solution à la fragmentation monétaire qui gangrène le développement économique en Afrique de l’Ouest. Prévue pour remplacer le franc CFA dans les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ainsi que dans d’autres nations de la CEDEAO, l’ECO s’annonçait comme un projet ambitieux, porteur d’espoirs et de promesses. Mais, où en sommes-nous aujourd’hui ?

ECO, monnaie ouest africaine
Un projet en gestation

L’ECO devait initialement entrer en circulation en 2020. Cependant, à l’orée de 2024, il n’en est toujours rien. Cette situation résulte d’un cocktail d’obstacles. Le 21 décembre 2022, à un sommet de la CEDEAO, plusieurs dirigeants ont exprimé leurs préoccupations concernant la viabilité de la monnaie unique, citant des différences de niveau de développement économique entre les États membres comme un frein potentiel à son adoption. En effet, les pays de la CEDEAO présentent des disparités économiques significatives. Par exemple, le PIB du Nigeria, la première économie d'Afrique de l'Ouest, s'élevait à environ 440 milliards de dollars en 2023, tandis que le PIB du Liberia n’atteignait que 3 milliards de dollars.

Les enjeux politiques

L’ECO n’est pas seulement un instrument économique ; elle incarne aussi un projet politique de souveraineté. Cependant, les tensions politiques entre les pays freinent le processus d'adoption. La gouvernance de la Banque centrale de l’ECO est un sujet de discorde. À ce jour, 15 pays de la CEDEAO ont exprimé leur intérêt pour l’ECO, mais seul le Nigéria a une économie suffisamment développée pour supporter une telle monnaie.
En outre, le climat politique dans des pays comme le Mali et le Burkina Faso, où des coups d'État ont récemment eu lieu, complique la situation. Ces événements créent un environnement incertain qui rend difficile la mise en œuvre d'une politique monétaire cohérente à l'échelle régionale.

Les défis économiques

Les pays de la région doivent également faire face à des défis économiques majeurs. Selon les estimations, le taux de croissance de la région s'élevait à 3,5 % en 2023, en baisse par rapport aux 5,5 % de 2019. La pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine ont exacerbé les problèmes économiques, provoquant une inflation galopante, qui a atteint des niveaux records dans certains pays. Au Burkina Faso, par exemple, l’inflation a dépassé 9 % en 2023, affectant gravement le pouvoir d'achat des ménages.La mise en place de l’ECO nécessite une coordination économique étroite entre les États membres, une condition qui semble difficile à atteindre dans un contexte où chaque pays se bat pour sa propre résilience. En effet, les pays de l'UEMOA affichent une dépendance significative à l'égard des importations, représentant environ 30 % de leur PIB en moyenne, ce qui complique l'idée d'une monnaie unique.

Les attentes des populations

Les attentes de la population sont grandes. Selon une enquête réalisée en 2023, 65 % des citoyens des pays de la CEDEAO estiment que l’ECO pourrait favoriser les échanges commerciaux intra-africains, tandis que 70 % pensent qu'elle pourrait attirer davantage d'investissements étrangers. Cependant, ces espoirs sont assombris par l’incertitude qui entoure sa mise en œuvre.

L'ECO est perçue comme un levier potentiel pour stimuler le développement des infrastructures, crucial pour une région où 60 % des routes sont en mauvais état, et où seulement 30 % de la population a accès à l'électricité. Les investissements dans l'infrastructure sont une nécessité pressante, mais sans une monnaie stable et un cadre économique solide, ces projets risquent d'être compromis.

Perspectives d'avenir

Alors que l’on célèbre les cinq ans de ce projet, il est impératif que les pays de l'UEMOA et de la CEDEAO relancent les discussions sur l’ECO. Un dialogue constructif est essentiel pour surmonter les divergences et établir un consensus. La création d’une monnaie unique ne doit pas être une fin en soi, mais plutôt le début d’un processus plus vaste de coopération économique et d’intégration régionale.

Pour aller de l'avant, plusieurs conditions doivent être réunies :

  • Harmonisation des politiques économiques :
    les États doivent travailler ensemble, à créer un cadre macroéconomique commun, avec des politiques fiscales et monétaires alignées.
  • Renforcement des infrastructures :
    investir dans des infrastructures de transport, d'énergie et de communication pour favoriser l'intégration économique.
  • Engagement politique fort :
    les dirigeants doivent faire preuve de volonté politique pour surmonter les tensions et établir un climat de confiance.
  • Communication avec les citoyens :
    informer et impliquer les populations dans le processus de création de l’ECO pour renforcer la légitimité du projet.

L’ECO est à un carrefour. Pour qu’elle devienne une réalité et un outil de développement, il faut non seulement des décisions politiques courageuses, mais aussi un engagement sincère envers la solidarité entre les pays de la région. Cinq ans après son annonce, il est temps de transformer les promesses en actes concrets et de redéfinir les contours d’un avenir économique partagé.